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2026-05-28 · 12 min de lecture · Énergie

DPE F ou G : faut-il vraiment acheter en 2026 ? Coûts réels, décote à négocier, stratégie.

Plus d'un bien vendu sur deux en France est classé E, F ou G. Avec le calendrier d'interdiction de location qui se resserre, ces biens sont décotés de 10 à 25 % en moyenne. Aubaine ou piège ? On fait le tour des coûts réels, des aides 2026, et de la stratégie pour ne pas se faire avoir.

Le calendrier qu'il faut connaître par cœur

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a fixé un calendrier progressif d'interdiction de location pour les logements les plus énergivores :

  • 1er janvier 2023 : interdiction de location pour les logements consommant plus de 450 kWh/m²/an (les G+ les plus extrêmes).
  • 1er janvier 2025 : interdiction pour tous les logements classés G.
  • 1er janvier 2028 : interdiction pour les logements classés F.
  • 1er janvier 2034 : interdiction pour les logements classés E.

Concrètement, si vous achetez aujourd'hui pour louer un bien classé F, vous avez moins de deux ans pour le rénover sans quoi vous perdez l'autorisation de mise en location. Pour les G, c'est déjà fait. Pour les E, c'est une horloge à 8 ans.

Important : cette interdiction concerne la location, pas l'occupation par le propriétaire. Vous pouvez parfaitement acheter un G pour y habiter sans obligation de rénover. Mais vous serez assigné à résidence : pas de location ultérieure tant que vous n'avez pas remonté la classe.

Combien coûte vraiment une rénovation énergétique ?

Ce que vous lirez dans les annonces : « quelques travaux et le bien passe en C ». Ce que dit la réalité du terrain, basée sur les retours de l'ADEME, de l'ANAH et des artisans :

Appartement (50 à 80 m²)

  • Passage F → D (isolation murs + fenêtres double vitrage + ventilation) : 15 000 à 30 000 €
  • Passage G → C (idem + remplacement chauffage électrique vétuste par PAC ou raccordement réseau de chaleur) : 25 000 à 45 000 €

Maison individuelle (90 à 150 m²)

  • Passage F → D : isolation combles + isolation extérieure (ITE) + remplacement menuiseries + VMC double flux : 35 000 à 60 000 €
  • Passage G → C : idem + remplacement chaudière fioul/gaz par PAC air-eau ou granulés : 50 000 à 90 000 €

Ces fourchettes incluent main-d'œuvre et matériaux mais pas les éventuels travaux annexes (reprise d'électricité non aux normes, désamiantage, mise aux normes assainissement, etc.) qu'un diagnostic préalable peut révéler. Comptez une marge de 15 à 25 % pour les imprévus.

Le piège de l'estimation à la louche. Beaucoup d'acheteurs se fient à l'estimation indicative du DPE (qui donne une fourchette type « 2 000 à 4 000 € de factures annuelles »). Cette estimation ne dit rien du coût des travaux pour remonter la classe — qui est l'information qui vous intéresse vraiment. Pour une estimation chiffrée, il faut un audit énergétique réglementaire (~500-800 €).

Les aides 2026 — ce qui existe vraiment

Le dispositif principal reste MaPrimeRénov', géré par l'ANAH (Agence Nationale de l'Habitat). Pour 2026, les conditions ont été durcies par rapport aux années 2022-2024 — l'État cible désormais les rénovations globales (saut d'au moins 2 classes DPE) plutôt que les gestes isolés.

Les montants varient fortement selon les revenus du foyer (4 catégories : Bleu / Jaune / Violet / Rose), la zone géographique (A bis, A, B1, B2, C), le type de bien (résidence principale uniquement), et l'ampleur des travaux. Plutôt que d'avancer des chiffres qui changent chaque année, utilisez le simulateur officiel sur france-renov.gouv.fr pour estimer votre éligibilité réelle.

En complément, vous pouvez cumuler :

  • Éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) jusqu'à 50 000 € pour une rénovation globale, remboursable sur 20 ans
  • Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) : primes versées par les fournisseurs d'énergie pour certains travaux (isolation, PAC, etc.)
  • TVA réduite à 5,5 % sur les travaux d'amélioration énergétique
  • Aides locales (région, département, intercommunalité) : très variables, à vérifier auprès de votre Espace France Rénov'

En cumul, un foyer aux revenus modestes (Bleu) peut voir l'État financer 50 à 80 % d'une rénovation globale. Pour un foyer aux revenus supérieurs (Rose), c'est plutôt 15 à 30 % — encore conséquent.

La décote DVF — combien vous devriez négocier

Les données DVF (Demandes de Valeurs Foncières) publiées par Etalab permettent de mesurer la décote moyenne observée sur le marché secondaire entre un bien bien classé et un bien classé F ou G. Les chiffres varient par région et par type de bien :

  • Marchés tendus (Paris, Lyon, Bordeaux, Nice, Annecy) : la décote DPE F/G est de 5 à 12 % seulement, le marché reste demandeur et compense par d'autres critères (localisation, vue, prestige)
  • Marchés équilibrés (Strasbourg, Toulouse, Rennes, Reims) : décote moyenne 10 à 18 %
  • Marchés détendus (villes moyennes en déclin démographique) : décote 20 à 35 %, parfois plus sur les biens vraiment dégradés

Votre négociation doit viser au minimum le coût estimé des travaux pour remonter de 2 classes (F → D ou G → E), divisé par la valeur de marché du bien après rénovation, exprimé en pourcentage. Si la décote affichée est inférieure à cette valeur, le vendeur essaie de vous faire payer ses travaux à sa place.

Exemple chiffré. Un T4 de 80 m² à Toulouse, classé F, affiché 240 000 €. Prix de marché médian pour un équivalent classé D dans le même quartier : 280 000 €. Décote affichée : 14 %. Coût estimé travaux : 25 000 €. Décote justifiée : 25 000 / 280 000 = 9 %. La décote affichée est supérieure à la décote justifiée : c'est une opportunité (5 % de marge en votre faveur). À l'inverse, si les travaux estimés étaient de 45 000 €, la décote justifiée serait 16 %, et l'affichage à 14 % serait une mauvaise affaire — il faudrait négocier 290 000 → 235 000 € pour équilibrer.

Les 4 vérifications à faire avant de signer

  1. Datez le DPE. Un DPE réalisé avant le 1er juillet 2021 utilise l'ancienne méthodologie et n'est plus opposable. Un DPE entre juillet 2021 et juillet 2024 a pu être recalculé selon la méthode révisée (notamment pour les petites surfaces, souvent sur-évaluées en F/G dans l'ancienne version). Demandez la date exacte de réalisation et la version de la méthode.
  2. Demandez un audit énergétique réglementaire (obligatoire depuis avril 2023 pour la vente d'un F ou G). Cet audit chiffre précisément les bouquets de travaux possibles pour atteindre la classe D ou C. Sans ce document, ne signez rien.
  3. Faites venir 2 ou 3 artisans en visite avant la signature, pas après. Les devis qu'ils établissent sont plus fiables que les estimations théoriques de l'audit. Comptez 200-400 € de visite si certains ne sont pas gratuits.
  4. Vérifiez la copropriété (pour un appartement). Une grande partie des travaux d'isolation passe par l'assemblée générale (façade, toiture, chaufferie collective). Demandez les PV des 3 dernières AG et la décision prise concernant les travaux énergétiques. Une copropriété qui vote « non » systématiquement peut bloquer votre projet pour des années.

Faut-il acheter, oui ou non ?

Oui, si :

  • Vous achetez pour habiter (pas pour louer)
  • La décote affichée couvre largement les travaux estimés (cf. exemple Toulouse ci-dessus)
  • Vous êtes éligible à MaPrimeRénov' à taux significatif
  • La copropriété (ou la configuration du bien si maison) permet les travaux dans un délai raisonnable
  • Vous avez la trésorerie ou la capacité de crédit pour auto-financer les travaux avant remboursement des aides (qui arrivent en différé)

Non, si :

  • Vous achetez pour louer rapidement : la fenêtre est fermée pour les G, étroite pour les F
  • La décote est inférieure au coût des travaux (le vendeur facture ses travaux à votre place)
  • Le bien cumule plusieurs handicaps (DPE F/G + RGA fort + commune en déclin démographique + sismique ou inondation)
  • La copropriété est dysfonctionnelle (impayés > 15 % du budget, AG conflictuelles, projet de gros travaux déjà voté à 5-10 ans/lot)

Estimez en 60 secondes si le bien que vous visez est une bonne affaire

Radar du Bien croise la classe DPE ADEME, le coût estimé de rénovation, la médiane DVF du quartier (500 m, 5 ans), les risques Géorisques et la vitalité INSEE de la commune. Vous obtenez un score 0-100 par dimension, une décote suggérée, et un verdict en un coup d'œil.

Article publié le 2026-05-28. Sources : loi n° 2021-1104 (Climat et Résilience), ADEME, ANAH, France Rénov', données DVF Etalab 2019-2024, observatoires régionaux du logement. En cas d'erreur factuelle, écrivez-nous à contact@radardubien.fr.